Georges de La Tour

Georges de La Tour, né le 14 mars 1593 à Vic-sur-Seille (actuel département de la Moselle) et mort le 30 janvier 1652 à Lunéville (actuel département de Meurthe-et-Moselle), est un peintre Lorrain.

Artiste au confluent des cultures nordique, italienne et française, contemporain de Jacques Callot et des frères Le Nain, La Tour est un observateur pénétrant de la réalité quotidienne. Le goût prononcé qu'il a pour les jeux de l'ombre et de la lumière fait de lui un des continuateurs les plus originaux du Caravage.

Biographie

Georges de La Tour naît le 14 mars 1593 à Vic-sur-Seille, siège du bailliage de l'évêché de Metz. L'acte de baptême de Georges de La Tour, conservé à la mairie de Vic-sur-Seille, indique qu'il est le fils de Jean de La Tour dit l'Architecte, boulanger, et de Sibylle de Crospeaux, issue également d'une famille de boulangers. Il est le second des sept enfants de la famille.

Son parcours, et particulièrement sa formation initiale, restent mal connus. Il débute une carrière de peintre et fait peut-être la rencontre des maîtres hollandais de l'école caravagesque d'Utrecht Gerrit van Honthorst et Hendrick Terbrugghen lors d'un voyage en 1616. Il a été avancé qu'il se serait rendu à Rome où il aurait découvert l'œuvre de Caravage, mais rien ne l'atteste et s'il est clairement influencé par le caravagisme, cela semble s'être fait plutôt par le biais de la connaissance de l'œuvre de Terbrugghen, peintre auquel il a été souvent comparé. Il serait donc l'un des rares peintres français de l'époque à ne pas avoir entrepris le classique voyage en Italie. Il se marie en tout cas le 2 juillet 1617 à Vic-sur-Seille avec Diane Le Nerf, membre d'une famille noble de Lunéville. Les deux époux s'installent dans cette ville où La Tour commence une carrière brillante, sous le règne d'Henri II de Lorraine, admirateur du Caravage : il multiplie les tableaux à sujet religieux mais aussi les scènes de genre, les tableaux réalistes représentant musiciens et mendiants. En 1620, il est même reçu bourgeois de la ville, doté par le duc de lettres d'exemption qui lui octroient les franchises accordées aux personnes de qualité noble. Il devient lui-même l'un des bourgeois les plus riches de Lunéville et reçoit de nombreuses commandes de la bourgeoisie et de la noblesse lorraine, bien qu'il ne parvienne pas à devenir peintre officiel du duc Henri II, ce titre étant réservé à Claude Deruet.

Mais à partir de 1633, la Lorraine, dirigée depuis peu par le maladroit duc Charles IV, et jusque-là prospère et sûre, va sombrer dans les destructions de la guerre de Trente ans. Lunéville, où réside La Tour, est incendiée en septembre 1638 et le peintre est obligé de quitter la ville pour se réfugier avec sa famille à Nancy.4°1 Il quitte alors la Lorraine et voyage à Paris puisqu'en 1639 il y reçoit le titre de peintre ordinaire du roy ainsi qu'un logement au Louvre, le roi Louis XIII possédant son Saint Sébastien soigné par Irène. Mais ses possessions et privilèges sont chez lui, en Lorraine, et dès que sa maison est reconstruite il est de retour à Lunéville. Le succès est toujours là puisque plusieurs fois le duc de la Ferté, gouverneur français de Lorraine, lui commande des œuvres – notamment des tableaux nocturnes. Les œuvres de la fin de sa vie représentent exclusivement des scènes religieuses – bien que marquées par la peinture de genre – probablement, selon le critique Anthony Blunt, en raison du regain d'importance de la vie religieuse initié par les franciscains en Lorraine après la guerre de Trente Ans. Georges de la Tour meurt subitement le 30 janvier 1652 à Lunéville lors d'une épidémie qui emporte également sa femme et son valet. Il sombre alors rapidement dans l'oubli.

Son fils Étienne (né en 1621) a été son apprenti, seul héritier avec deux sœurs qui ne se marieront pas, va alors réaliser le rève de son père, acheter le domaine franc de Mesnil près de Lunéville, et gagner ses lettres de noblesse, non sans chercher à faire oublier son origine roturière ... Il décède en 1692.

L'oubli et la redécouverte de Georges de la Tour

Très réputé à son époque, Georges de la Tour sombre ensuite dans l'oubli. Ses œuvres sont dispersées et attribuées à d'autres peintres : italiens, comme Guido Reni, Carlo Saraceni ou Orazio Gentileschi, hollandais comme Hendrick Terbrugghen ou Gerrit van Honthorst et parfois même aux espagnols Francisco de Zurbaran et Vélasquez. Très peu de ses tableaux sont signés, ou encore on a volontairement effacé sa signature pour constituer une attribution plus prestigieuse pour l'époque.

On n'a identifié jusqu'ici aucune relique de La Tour: portrait, objet personnels, livres, demeures et jusqu'à sa tombe, tout paraît avoir disparu sans espoir.

Mérimée dans Notes d'un voyage dans l'Ouest de la France, puis, Stendhal, dans Les mémoires d'un touriste, parus en 1838, découvrant le Vieillard jouant de la Vielle vont tous deux l'attribuer à l'école de Séville parlant de Murillo, mais plutôt de Vélasquez.

Son Nouveau-né du musée de Rennes est attribué quant à lui à Le Nain par Hippolyte Taine en 1863, tandis que Louis Gonse, en 1900, va parler de Rembrant de Vermeer ou encore de caravagiste.

Certaines de ses toiles se retrouvent même sous le nom de Quentin de La Tour, à cause de la proximité de son patronyme avec celui du peintre lorrain, et ce bien qu'il soit né plus d'un siècle après Georges de La Tour et qu'il peigne dans un style complètement différent.
Georges de La Tour est redécouvert seulement en 1915 lorsque l'historien d'art allemand Hermann Voss (1884-1969) lui attribue deux toiles du musée des Beaux-Arts de Nantes — grâce à une gravure — et le nouveau-né du musée de Rennes (le troisième tableau de Nantes est identifié un peu plus tard) . Les travaux de Hermann Voss — qui s’appuie notamment sur des travaux d’Alexandre Joly de 1863, vont lui réattribuer ses tableaux à éclairage diurnes— ont justement replacé Georges de La Tour parmi les plus grands peintres français du XVIIe siècle.

Une exposition « Les Peintres de la Réalité en France au XVIIe siècle », organisée au musée de l'Orangerie de novembre 1934 à février 1935, permet au public de le découvrir. C'est la première fois que sont réunis treize des quinze tableaux alors attribués à l'artiste et c'est une révélation. En 1948, une thèse de François-Georges Pariset renforce les travaux de Voss.

Depuis, les travaux et les études sur l'œuvre de Georges de La Tour se sont multipliés et ont permis l'identification d'une production d'une petite centaine de toile dont une petite quarantaine nous sont parvenues et il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands et originaux maîtres français de son temps. Dès 1960, sa Diseuse de bonne aventure est acquise par le Metropolitan Museum de New York, ce qui provoque d'ailleurs une polémique sur l'autorisation du départ d'une œuvre de telle importance hors du territoire français, et une nouvelle exposition est consacrée au peintre à l’Orangerie, en 1972.

Des artistes contemporains insistent sur l'influence que Georges de La Tour a pu ou peut encore avoir sur leurs œuvres. Richelet se réclame ainsi de lui pour ses représentations de corps décharnés inspirés par son Saint Jérôme pénitent.

Vic-sur-Seille, sa ville natale en Lorraine, lui a dédié un musée, le musée départemental Georges-de-La-Tour qui rassemble notamment des œuvres de l'époque et de l'école du peintre ainsi qu'un tableau de sa main récemment acquis (Saint Jean-Baptiste dans le désert).

L'Œuvre peint
Description de son Œuvre

Les premières œuvres de de La Tour sont caractérisées par l'influence du Caravage, probablement via ses suiveurs hollandais, notamment dans le choix de scènes de genres mettant en scène tricheries et duperies (Le Tricheur à l'as de carreau ou La Diseuse de bonne aventure par exemple) ou encore des rixes de clochards (thèmes qui ont été popularisés par les artistes hollandais). Ces œuvres sont à placer relativement tôt dans la carrière du peintre - avant 1640 en tout cas. Ses premières œuvres montrent également l'influence du peintre lorrain Jacques Bellange.

De La Tour est avant tout connu pour les effets de clair-obscur qu'il introduit dans des scènes nocturnes et qu'il a développés bien plus que tous ses prédécesseurs, tout en transférant leur usage, jusque-là réservé à la peinture de genre par les hollandais, dans des sujets religieux. Contrairement au Caravage, ses peintures religieuses ne présentent pas d'effets dramatiques, si bien que l'on pourrait même les confondre avec des scènes de genres, des scènes de la vie quotidienne (La Nativité de Rennes en est l'un des meilleurs exemples). Cette deuxième phase dans sa production picturale commence à partir des années 1640. Les compositions géométriques et la simplification des formes qu'il met en œuvre montrent bien la particularité de son approche du clair-obscur et des leçons du Caravage, ce qui le met en marge du mouvement ténébriste d'un Jusepe de Ribera et des suiveurs italiens du Caravage.

Le style unique que de La Tour a développé, ainsi que sa prédilection pour des sujets nocturnes au cadrage serré et où la source de lumière n'est la plupart du temps qu'une chandelle, permettent bien souvent de reconnaître d'emblée un tableau comme étant de sa main ou de son école.

Il a souvent peint plusieurs versions d'un même tableau (comme le Tricheur à l'as) mais sa production – ou ce qu'il en reste – est relativement restreinte. Son fils Étienne ayant été son élève, ses œuvres ayant souvent été imitées ou copiées ainsi que le manque de sources et de documents sur sa vie et son travail font qu'il est souvent difficile d'établir le corpus des œuvres de Georges de La Tour, seules une trentaine lui ayant été rendues avec sûreté. Le travail d'attribution n'est donc pas encore terminé aujourd'hui.



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